Semaine du 6 au 12 mars 2017

 

 


capture-decran-2016-12-31-a-15-11-43Fenêtre sur le passé : proposition de BD en lien avec de petits ou grands évènements s’étant déroulés cette semaine, il y a plusieurs années, décennies ou siècles… 


 

9 mars 1796 – Mariage de Napoléon et Joséphine

ob_0ceac1_couverture-josephineBD choisie : Joséphine raconte Malmaison, inSiglo, 2014. 

Si la Grande Armée et l’Empereur fascinent au plus haut point (il suffit pour cela de comptabiliser le nombre d’ouvrages en BD qui leur est consacré), l’engouement pour l’Impératrice Joséphine n’est pas du même acabit. Pourtant, lors du dernier jubilé impérial organisé à Rueil-Malmaison, sur ses terres chéries, je n’ai pas manqué de repérer un petit ouvrage illustré qui lui était consacré. J’ai également pu, à ma plus grande joie, m’entretenir avec la scénariste et la dessinatrice. Bénéficiant du soutien d’un spécialiste de l’Impératrice et ancien directeur du Musée National de Malmaison et Bois Préau, Bernard Chevallier, l’ouvrage vise à lever le voile sur le personnage derrière le mythe. L’ouvrage s’organise autour de double-pages thématiques, bien entendu centrées sur le personnage de Joséphine au travers de son lieu de villégiature privilégié et préféré, le domaine de la Malmaison. Ce prisme permet de révéler notamment la mécène et protectrice des arts, la joueuse de harpe émérite, la fan absolue de mode et de botanique et d’animaux rares… 

L’ouvrage est didactique et comporte même des parties traduites en anglais. Autour de 2 illustrations centrales, quelques vignettes sont organisées de manière à venir renseigner le lecteur sur de multiples aspects d’un sujet ou lui compter des anecdotes. Tout est minutieusement choisi, pesé pour plonger le lecteur dans une ambiance intime et chaleureuse. Le trait est rond et doux, les couleurs pastels ; rien dans les représentations n’est le fruit du hasard: par exemple, Nathalie Sanchez, l’illustratrice, a choisi de représenter Joséphine la bouche fermée, conformément aux portraits officiels, pour une raison très pratique : la dentition de l’Impératrice était en très mauvais état, ce qui expliquait qu’une représentation d’elle souriante, n’aurait pas été réaliste. Un esprit en tous points conforme à la ligne éditoriale d’inSiglo, qui souhaite “communiquer” l’histoire et la rendre attractive pour tous tout en veillant à la rigueur scientifique des contenus.

Un petit ouvrage dense et agréable qui tranche avec la version romanesque livrée par 9782811612634_cg.jpgYumiko Igarashi, la « maman » de Candy, La rose de Versailles ou Heidi de la vie de Joséphine. Fascinée par l’Impératrice, la mangaka reconstitue en 4 tomes (publiés en France entre 2013 et 2014) l’histoire de la désargentée Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, élevée en Martinique et que rien ne destinait a priori à connaître un destin de premier plan. Un « conte de fée » plein de clichés et de mièvrerie qui ne rend pas justice malheureusement aux efforts fournis pour documenter la série. Si mon jugement paraît sévère c’est qu’il y a tellement d’anecdotes et d’éléments plaisants dans cette adaptation qu’on est déçu par la qualité globale de celle-ci. 

Couverture_La_Rose_et_l-Aigle_T.1_titré_.jpgUne trilogie zoomorphe intitulée La Rose et l’Aigle, revisite aussi la vie de Joséphine et explique le fabuleux destin de l’Impératrice par l’existence d’un secret qui lia Joséphine à un autre monarque, Louis XVI! La particularité de cette série est de se focaliser sur l’avant Napoléon, comme si cette rencontre était une finalité toute à fait calculée et logique. Les dessins sont fabuleux, empruntant souvent à des tableaux connus et l’histoire si bien ficelée qu’elle paraît tout à fait crédible. J’ai failli passer à côté lors du SOBD de 2014 et je m’en serais vraiment voulu d’avoir manqué une publication aussi difficile à trouver. 


12 mars 2008 – Mort de Lazare Ponticelli, dernier poilu

couv_227101BD choisie : Petites histoires de la Grande Guerre, Kotoji Editions, 2014. 

Lazare Ponticelli est un immigré italien qui arrive à Paris à la gare de Lyon en 1906 sans connaître un mot de français. Illettré, orphelin de père et abandonné par sa mère, il a rejoint la France avec l’espoir d’y rejoindre une partie de sa famille et surtout pour avoir un meilleur destin. En 1914, dès le début de la Première Guerre mondiale, alors qu’il n’a pas l’âge légal, il s’engage, en mentant sur son âge, dans la Légion étrangère. Il combat dans la région de Soissons et en Argonne. Démobilisé en mai 1915, lorsque l’Italie entre en guerre, il doit rejoindre l’armée italienne et combat dans les Dolomites (5,25 millions de combattants italiens furent engagé dans le conflit). Il revient en France en 1920. En 1939, alors qu’il vient à peine d’être naturalisé français, il veut s’engager. Jugé trop âgé, il ralliera la Résistance.

En réalité, Lazare Ponticelli n’est pas techniquement le dernier poilu car 2 autres combattants français morts la même année, lui ont survécu quelques mois (ils sont décédés en novembre) : il s’agit de  Pierre Picault et de Fernand Goux mais aucun des 2 n’avait obtenu le titre  d’ancien combattant puisqu’ils avaient combattu moins de 3 mois…

Il existe bien entendu de nombreux ouvrages consacrés à la Première Guerre Mondiale, j’en ai déjà chroniqué un certain nombre sur L’histoire en bulles, j’ai donc hésité sur la BD que je pensais mettre en avant afin de rendre hommage aux Poilus. Finalement, en passant en revue ceux que je possède sur la période, mon choix s’est naturellement porté sur Petites histoires de la Grande Guerre. En effet, cet album résulte d’un concept original : c’est l’adaptation d’une exposition sur la Première guerre mondiale, elle-même très particulière. 

Mais voyons plutôt : « Les Archives départementales de la Marne ont eu envie de présenter au grand public l’histoire de la Première guerre mondiale de manière originale, humoristique et pédagogique, à travers des planches de bandes dessinées. Ainsi, vingt dessinateurs de bandes dessinées ont réalisé chacun une planche inédite en s’inspirant d’un objet lié à la Première guerre mondiale. Ces regards croisés permettent d’évoquer, avec sensibilité ou humour, différents aspects de cette guerre : les armes et l’équipement du soldat, son quotidien dans les tranchées ou encore la vie à l’arrière. Les visiteurs pourront également découvrir de nombreux objets et fac-similés (armes et éléments d’uniformes, artisanat de tranchée, gourde, palette de peintre, jeux d’enfants…) provenant principalement de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne et du Centre de déminage de Champagne-Ardenne, ainsi que des documents, affiches et photographies des collections des Archives départementales de la Marne » (lhebdoduvendredi.com).

Pourquoi le choix de la BD ? Parce que « lorsqu’elle s’intéresse à une période historique, la BD agit comme un puissant révélateur de notre mémoire, de notre perception du passé : le choix des thèmes retenus, la manière de les présenter concentrent ce que nos sociétés ont intégré de la masse des témoignages, de récits, de documents, de travaux universitaires… » (Préface). 

Pour maintenir une cohérence entre les 20 récits inédits, on a choisi 2 coloristes et surtout un scénariste unique, Kris, l’auteur à succès de la série Notre Mère la Guerre. C’est que « l’important travail de documentation et d’appropriation du sujet permet à l’auteur confirmé d’aller chercher l’humanité et la complexité de[s] hommes […] Au travers de micro-évènements, on saisit une expérience à la fois universelle et singulière. » (Préface) Ce regard est renforcé par les textes placés en vis-à-vis des planches concernant les objets et les thématiques qui ont servi de point de départ aux planches. Signés par Frédérick Hadley, Attaché de Conservation de l’Historial de la Grande Guerre, ces textes permettent d’initier un dialogue de l’histoire vers la BD ou si l’on préfère de la BD vers l’histoire. Alliés, Allemands, enfants, artistes, gueules cassées, veuves, reporters, soldats venus des colonies, infirmières, aviateurs ou tout simplement victimes de guerre, tous ces destins se côtoient et forment une formidable fresque, sensible et permettant de multiples niveaux de lecture.


capture-decran-2016-12-31-a-15-24-49Bulles d’actualité : pour comprendre ce dont on va parler cette semaine.


8 mars 2017 – La bourse de Wall Street a 200 ans

Wall Street tient son nom de la rue qui l’a longtemps hébergé : situé au sud de l’Ile de Manhattan,  cette rue dite du mur marquait la délimitation de la petite colonie hollandaise qui s’y était implantée. C’est aussi là que des agents de change avaient l’habitude de se réunir, au niveau d’un platane. En 1792, ils décident de signer un accord créant la première bourse d’échanges. Très modeste, cette activité croît de manière exponentielle. Le 8 mars 1817, cette bourse devient la New York Stock & Exchange Board. 

A l’occasion de cet anniversaire, je vous propose de vous pencher sur des ouvrages qui mêlent économie et BD au travers d’une chronique actualisée


8 mars 2017 – Journée internationale des droits des femmes
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BD choisie : Culottées, Gallimard, 2016 et 2017 (2 albums). 

Pénélope Bagieu est chroniqueuse BD pour madmoiZelle.com, auteur à succès de Joséphine. Elle publiait depuis 2016 et de manière hebdomadaire, des mini-récits (moins de 8 planches) sur son blog de la plateforme du Monde.fr. A titre personnel, c’est ainsi que j’ai découvert le destin de femmes plus ou moins connues, des femmes audacieuses avec un point commun : elles avaient un jour décidé de prendre en main leur destin et de « faire ce qu’elles voulaient » selon l’à propos de son site. « Le point commun à toutes ces femmes est la détermination dont elles ont dû faire preuve afin que les choses se passent non pas comme le voulait la pression environnante mais comme elles le voulaient, elles. Leur condition de femmes fait qu’elles sortent du lot car elles ont été confrontées à une adversité plus importante« . 

« Je n’ai pas de grandes héroïnes de l’histoire, pas d’écrivains, pas de résistantes, parce que je suis partie d’une observation personnelle qui était que les héroïnes féminines sont complètement ‘invisibilisées’, moi je n’ai pas le souvenir qu’on m’ait parlé de beaucoup de femmes dans les cours d’histoire, ou alors toujours des mêmes, alors qu’évidemment autant d’héroïnes que de héros ont eu un rôle à jouer, et y compris la petite histoire. C’est pour ça que je m’intéresse à la femme qui a inventé le maillot de bain, à certaines actrices, à une vieille dame retraitée qui a sauvé un phare… » (extrait d’interview pour franceinfo.fr)

C’est ce travail que Pénélope Bagieu a repris pour être édité sous forme de 2 albums, l’un sorti en 2016 et le dernier qui vient de sortir. Etant donné le retentissement de la première publication (au moins 80 000 albums vendus), l’auteur a largement été interviewée, c’est pourquoi, je reprends autant d’extraits pour cette chronique même si à vrai dire, je n’avais pour ma part, pas fait le lien entre les chroniques de Pénélope Bagieu et le premier tome lorsque je l’ai vu. Si le dessin et le format me rappelaient quelque chose, ce jour-là, au milieu de dizaines d’albums dans l’un de mes magasins préférés, c’est la couverture et le sujet qui m’ont convaincue :).  

D’où Pénélope Bagieu tire-t-elle son inspiration? « En général, je lis les autobiographies, c’est ma meilleure source d’inspiration. Quand il n’y en a pas, ce qui est le cas une fois sur deux, leur vie est mentionnée au travers de la biographie de quelqu’un d’autre, parfois on trouve un article, une fiche Wikipedia… En ce qui concerne Giorgina Reid par exemple, une pièce lui est consacrée dans le phare de Montauk (New York) qu’elle a sauvé à elle seule de l’érosion, et j’ai trouvé deux coupures de journaux des années 1960, mais c’est tout. […] Je n’irai pas inventer des choses fausses, ne serait-ce que parce que je sais que ça pourrait décrédibiliser absolument tout l’ouvrage. Pour Christine Jorgensen [première célébrité transgenre, NDLR], j’ai par exemple demandé à des transgenres de relire l’histoire. Je ne voulais pas faire une erreur de pronom qui fasse que ce soit blessant ou faux. Ce serait vraiment dommage qu’un petit détail de véracité vienne casser mon histoire. [A partir de ce ‘fil rouge’,] Je ‘brode’ sur le ressenti, parce que je n’ai pas d’infos, que c’est marrant à faire, et puis parce que c’est là que je glisse mon autobiographie. C’est en m’imaginant confrontée à ces situations que je me demande comment je réagirais et que je nourris les personnages. Comme globalement, ce sont des femmes qui gèrent des situations injustes, j’arrive assez bien à me mettre à leur place.« (extraits d’interview pour nouvelobs.com) 

 

« J’ai choisi ces 30 portraits de façon subjective. J’ai bassiné mon entourage pendant des heures avec les vies de ces femmes. Quand je parle d’elles, j’ai les yeux qui pétillent. Elles me font vibrer. Je suis sincère et admirative. » (Les Inrocks)

Comment Pénélope Bagieu travaillait-elle? « Je lisais les deux premiers jours de la semaine, j’écrivais le troisième, je dessinais le quatrième et je faisais la couleur le cinquième. Et on recommence la semaine d’après pendant un an. » (metrotime.be) 

Un tel rythme de travail, nécessitait à la fois un plan de travail et une discipline de fer pour faire face à de multiples contrantes : tout d’abord, en ce qui concerne le format adopté, « Dans cet album, je dois raconter une vie en 4 pages. Chaque case vaut très cher. Je dois en placer le plus possible dans chaque histoire. De toute façon, on doit faire le deuil de certaines infos dans une BD aussi courte et je me limite au tiers de ce que je dois raconter. » (bfmtv.com). 

Et puis, il y a la forme elle-même : « L’album aurait été indigeste en noir et blanc, je pense. Comme je voulais changer beaucoup d’époques et de cultures, il fallait que je trouve une identité visuelle forte pour chaque histoire. D’où la couleur. Mais j’avais peu de temps pour la réaliser. Donc je me suis dit qu’il n’y aurait que quatre couleurs par histoire. Et à moi de me débrouiller. C’est le genre de contraintes qui sont hyper agréables, contrairement à ce que l’on pourrait penser parce que tu te poses moins de questions et que tu es obligée d’avoir des partis pris graphiques bien plus forts: utiliser des grands aplats, donner des couleurs entières à un visage. […] (bfmtv.com). Chaque ambiance est travaillée : par exemple, pour Annette Kellerman, « comme elle est dans un environnement aquatique, je voulais des teintes proches de l’eau et des algues, mais aussi sur la fin de sa vie, elle ouvert une épicerie de légumes et de fruits bios (40 ans ou 50 ans avant que ce soit l’usage), donc voilà je voulais des couleurs très végétales » (franceinfo.fr)

Entre les récits, Pénélope Bagieu se lâche sur une double-page de transition : « Ces illustrations sont là pour éviter que cette succession d’histoires provenant d’époques et d’univers colorés très différents soit trop indigeste. En plus, très égoïstement, je dois bien admettre qu’après avoir fait dans l’économie de moyens et le dessin très simplifié pour illustrer les histoires, j’avais vraiment envie de me faire plaisir« . (franceinfo.fr)

On peut reprocher le décalage entre la voix off très contemporaine et le dessin qui tente de recréer une époque et une atmosphère mais Pénélope Bagieux assume totalement ce décalage : « je pense que la légèreté, on peut la glisser dans tous les autres interstices, c’est-à-dire pas dans le fond mais dans la forme, effectivement glisser un anachronisme, les faire parler de manière plus… de les faire parler comme moi en fait, même si ça se passe à la Renaissance par exemple. C’est une façon, je pense, d’alléger un peu, de rendre plus vivant l’histoire sans forcément avoir besoin de faire des grosses blagues de ‘prout’. Disons que c’est la part maximum que j’ai accepté de donner à l’humour et à la légèreté, c’était dans des petits détails qui ne changent pas grand-chose à l’histoire« , explique la dessinatrice. (franceinfo)

Sur les 30 portraits proposés, entre une rappeuse afghane, une athlète marathonienne, une reine des bandits, une créatrice de trolls, une gynécologue athénienne et bien d’autres, mon préféré est celui de Joséphine Van Aefferden, une jeune femme issue d’une famille d’aristocrates catholiques qui a le mauvais goût de tomber amoureuse d’un militaire protestant. Dans une société néerlandaise du début du XIXème siècle qui institue un cloisonnement religieux de la naissance à la mort, les 2 amants parviennent à trouver une solution pour être ensemble dans leur dernier voyage (tome 1, pp. 43 à 45). 



Du 9 au 13 mars 2017 se tiendra la Foire du livre de Bruxelles, un évènement que je conseille car il y a bien moins de monde à se presser pour les dédicaces et donc une atmosphère généralement plus détendue lorsqu’on souhaite s’entretenir avec un ou des auteurs / dessinateurs. 

Comme toujours, je vous invite à me proposer des sujets que vous souhaiteriez voir aborder, à laisser des commentaires, des suggestions ou à visiter mon autre blog L’histoire en bulles pour en découvrir plus sur certaines BD historiques. Excellentes lectures et à très bientôt! 

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